Le plan de travail en élémentaire

Durant l’année scolaire 2016-2017, j’étais en charge de la classe de CE1-CE2-CM1-CM2, 28 élèves, dans une petite école de campagne à deux classes. Avec quatre niveaux sur deux cycles (8 CE1 dont un élève en situation de handicap avec un niveau de GS-CP, 6 CE2, 8 CM1 et 6 CM2), je ne pouvais pas fonctionner avec un modèle traditionnel (échange frontal avec des exercices d’application ou bien une situation de recherche entrainant une phase de construction de la notion suivie d’exercices d’entrainement). Je souhaitais mettre en place un système privilégiant l’individualisation des apprentissages de chaque élève et l’autonomie de ces derniers. Après en avoir discuté avec des collègues ayant les mêmes configurations d’école et en faisait des recherches sur internet (ZaubetteOrphysLutin Bazarmémoire sur le plan de travail), il est apparu comme une évidence de me lancer dans les plans de travail.

Le fond et la forme de mes plans de travail ont été conçus à partir de mes lectures, des échanges et des idées déjà bien précises que j’avais en tête. Cela n’a peut-être rien à voir avec le fonctionnement que l’on peut rencontrer. Je voulais mettre en place un système que mes élèves puissent prendre en main rapidement et dans lequel ils puissent se sentir à l’aise. Je voulais également pouvoir facilement mettre en oeuvre ce fonctionnement dans ma classe et l’adapter ou le faire évoluer si besoin.

 

Mes objectifs

  • Eviter une organisation initiale de travail traditionnel (leçons de français ou de mathématiques suivies d’exercices d’application en groupe classe) insuffisante pour combler le retard de certains élèves et inadaptée pour permettre aux plus performants d’avancer à leur rythme.
  • Développer l’autonomie et l’initiative des élèves dans l’apprentissage des séquences fondamentales de français et mathématiques : suivre un plan de travail et s’organiser dans son déroulement.
  • Me permettre de suivre l’avancée et la progression des apprentissages de la classe à une maille fine : élève/compétence.
  • Passer plus de temps à côté des élèves (et non pas en face des élèves) pour répondre à leurs questions et à leurs difficultés au plus près du moment où elles apparaissent.
  • Mettre en place un dispositif authentique de différenciation du travail dans la classe.

 

Modalités de mise en oeuvre

Les élèves disposent de supports de travail leur permettant de dérouler en autonomie l’ensemble des compétences prévues dans un plan de travail (un en français et un en mathématiques).

Les supports fournis sont :

  • Un plan de travail individualisé par discipline définissant les compétences à travailler sur trois semaines en français et sur deux semaines en mathématiques.
  • Un porte-vue de leçons.
  • Une banque d’exercices organisée par compétence et proposant différents niveaux de difficulté.

 

En parallèle du travail individuel et autonome des élèves dans la classe, j’invite les élèves en difficulté sur une compétence à m’interpeller. Sur la base du volontariat et des observations recueillies par la correction des exercices faits par l’élève, j’organise des sessions par compétence et par petits groupes d’élèves pour travailler de manière progressive la compétence en jeu.

Au-delà de ces temps de travail en autonomie ou par petits groupes, il est important que je reprenne en groupe classe pendant une dizaine de minutes des notions clés pour établir une dynamique de travail collective et formaliser des outils communs pour l’ensemble de la classe. Ce temps peut avoir lieu au début d’une séance, au cours d’une séance si beaucoup d’élèves sont encore dans l’erreur ou en fin de séance pour clôturer l’activité.

 

Concrètement, ça donne quoi ?

En français, je disposais du manuel des éditions Magnard « Les nouveaux outils pour le français ».

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Le plan de travail a une durée de trois semaines et se partage en deux parties : la partie « j’apprends » et la partie « je m’entraine« . Les élèves réalisent en priorité la partie « j’apprends« . Dans l’emploi du temps de ma classe, les élèves disposent de créneaux dans la semaine pour travailler les quatre thèmes : grammaire, conjugaison, orthographe et vocabulaire. L’emploi du temps de chaque niveau est affiché au tableau. Ainsi, une fois l’activité précédente terminée, les élèves regardent le tableau et savent ce qu’ils doivent faire.

Ils commencent par regarder leur plan de travail afin de voir quelle leçon ils doivent lire. Ils sortent leur porte-vue de leçons et lisent la leçon correspondante de grammaire, de conjugaison, d’orthographe ou de vocabulaire. Les élèves les plus performants réalisent cette phase seuls. J’assiste les élèves en difficulté : j’aide à la lecture, à la reformulation. On surligne, on entoure, on colorie : il faut que ce soit adapté à chaque élève en fonction de ses besoins et de ses capacités. On fait quelques exemples sur une ardoise.

Les élèves regardent ensuite quels exercices ils doivent réaliser. Les élèves qui sont à l’aise sortent leur cahier du jour de français et se lancent dans la rédaction des exercices. Là encore, je suis attentif aux élèves pour qui le passage à l’écrit est inconfortable : repère dans l’espace de la page, utilisation des outils (cahier, manuel, leçon) et agencement sur le bureau, stratégie d’évitement comme aller se moucher ou aller chercher du matériel dans le placard de la classe… Ces élèves demandent de l’attention, du temps et beaucoup de patience. Je lis les consignes avec l’élève, je lui demande de reformuler, on fait parfois la première phrase ensemble pour être sûr d’avoir compris ce qui est attendu. Cette étape permet de reformuler les critères de réalisation. Toutefois, je ne dois pas négliger les « bons » élèves. Ceux-ci ont également besoin de moi : je contrôle que tout se passe bien, un geste ou un mot bienveillant les conforte dans leur attitude de travail et leurs progrès. Certains sont de très bons élèves mais manque de confiance en eux. Il est important de les rassurer et de les encourager. Cela permet aux élèves en difficulté d’essayer de travailler par eux-mêmes, de se confronter à leur réflexion personnelle sans que l’adulte apporte systématiquement les leviers nécessaires. Je félicite toujours mes élèves, que ce soit des petits ou des grands pas. Ils se sentent valorisés et veulent toujours faire mieux.

Pendant 30 à 40 minutes (je prévois 45 minutes dans mon emploi du temps mais les imprévus me jouent des tours), les élèves sont en activité. A midi ou à la fin de la journée, les élèves déposent leur cahier du jour de français (et de mathématiques) sur les tables prévues à cet effet afin que je procède à la correction des exercices réalisés le jour même. Je ne réalise pas de correction collective. Je corrige tous les cahiers individuellement et le résultat est pour moi sans équivoque : cela profite mieux aux élèves. En corrigeant au tableau, les bons élèves s’ennuient car ils ont déjà compris et les élèves en difficulté ne parviennent pas toujours à saisir l’origine de leurs erreurs et à corriger leurs incompréhensions. De mon côté, au fur et à mesure des corrections, je note sur un post-it les élèves avec qui je dois reprendre la semaine suivante la (les) notion(s). Avec quatre niveaux, je dois respecter rigoureusement mon emploi du temps pour espérer aborder un minimum les disciplines prévues dans la semaine. Je ne peux donc pas reprendre le jour même ou le lendemain une notion tout juste découverte. Les élèves doivent relire la leçon correspondante à la maison pour la semaine suivante. Cela suffit largement à ce que les élèves se souviennent une semaine plus tard des notions et corrigent leurs exercices. 

J’utilise un code couleur pour indiquer aux élèves leur niveau de réussite :

  • un rond vert est inscrit dans la marge lorsque l’exercice est réalisé seul et sans erreur.
  • un rond bleu indique que l’élève a eu besoin d’aide ou qu’il a su corriger ses erreurs.
  • un rond jaune signifie que l’exercice a été réalisé avec des difficultés.
  • un rond rouge souligne que l’exercice n’a pas été compris ou réussi.

Je dédramatise les « ronds rouges » immédiatement. Les élèves ont au minimum six exercices par thème. Je leur explique que l’on ne peut pas tout savoir faire du premier coup, qu’il faut s’entrainer et que c’est à cela que servent les exercices du plan de travail. L’essentiel est qu’ils puissent le recommencer quelques temps après en ayant compris leurs erreurs.

Les élèves reportent le code couleur que j’ai inscrit dans la marge dans la case grisée à côté de l’exercice dans le plan de travail. Ils réalisent cette étape tous les matins et tous les après-midis en rentrant en classe, ce qui me laisse le temps de gérer les imprévus du directeur d’école !

Je fais un point sur la partie « je m’entraine » du plan de travail : il s’agit des activités réalisées durant le temps d’accueil en classe le matin (rituel) ou en ateliers (gammes de lecture et écriture). Les coloriages magiques sont distribués aux élèves qui auraient terminé la totalité des exercices contenus dans leur plan de travail.

Je considère qu’un plan de travail est terminé soit lorsqu’on arrive à la fin de la troisième semaine, soit lorsqu’un élève a terminé et corrigé l’ensemble des exercices de son plan de travail. Au bout des trois semaines, chacun complète la partie « bilan » de son plan de travail afin d’évaluer son travail. Une colonne est réservée à mon appréciation. Je peux inscrire un commentaire en dessous. Les élèves emmènent les cahiers et fichiers dans leur cartable afin de montrer à leurs parents ce qu’ils ont réalisé. Je demande à ces derniers de signer le plan de travail de leur(s) enfant(s).

En mathématiques, le fonctionnement est quasiment identique : le plan de travail dure deux semaines et comporte trois parties : « j’apprends », « je révise » et « je m’entraine ». Je travaille avec les outils Cap Maths des éditions Hatier.

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Comme en français, les élèves lisent la leçon de numération, calcul, géométrie ou grandeurs et mesure correspondante et se lancent dans les exercices d’application. Les séances de mathématiques sont très difficile à gérer car les élèves sont très demandeurs de l’adulte : il y a énormément de manipulation nécessaire à la compréhension de certaines notions. C’est pourquoi je privilégie très souvent les échanges en groupe niveau (j’ai la chance d’avoir des petits effectifs par niveau). Cela permet de réaliser certaines activités de recherche proposées dans les outils Cap Maths ou de travailler en petits groupes afin de construire la notion, d’institutionnaliser les procédures de réalisation et d’établir les critères de réussite.

Dans le fonctionnement des outils proposés par Cap Maths, des exercices « révision » sont insérés dans les manuels et fichiers. Ils permettent le réinvestissement de notions abordées les années précédentes ou au début d’année (si l’on considère qu’on est au mois de janvier bien sûr). Pendant ces exercices, les élèves sont autonomes et très généralement en situation de réussite dans la mesure où ils connaissent déjà la notion. Ils sont sûrs d’eux, plus confiants et s’engagent plus aisément dans l’activité proposée.

En mathématiques, lorsque je construis les plans de travail, je suis vigilant à ce que tous les niveaux n’abordent pas une nouvelle notion en même temps. Par exemple, quand dans leur programmation les CM1 abordent les fractions, je ne mets pas la multiplication décimale à l’étude pour les CM2 et la soustraction avec retenue pour les CE1. Je perds en efficacité et en énergie. Ainsi, il est fréquent que les élèves ne suivent pas l’ordre des notions abordées dans les manuels et fichiers et qu’ils reviennent en arrière. J’inscris les connaissances et les compétences dans un plan de travail lorsque je suis sûr d’être suffisamment disponible pour les élèves.

Voici le plan de travail N°7 de mathématiques proposé à mes CE2

 

Différenciation

La différenciation est un de mes objectifs de mise en oeuvre des plans de travail dans ma classe. Je voulais que ce support soit individualisé afin de répondre aux besoins et capacités de chacun de mes élèves. Ainsi, pour un même niveau, il pouvait il y avoir trois groupes : les élèves en difficulté, les élèves « dans la moyenne » et les élèves performants. Il m’arrivait aussi de constituer seulement deux groupes.

Je différencie mes groupes par des étoiles : les élèves « dans la moyenne » (*), les élèves en difficulté (**) et les élèves performants (***). Dans la mesure où la forme du plan de travail est identique pour tous et que chacun colle son plan de travail dans son cahier du jour, les élèves ne se rendent pas compte de ses différents groupes car visuellement la mise en page sur la feuille est la même pour tous (je fais en sorte que les tableaux aient les mêmes longueurs lorsque je les réalise à l’ordinateur). Ils ne font pas attention aux petits fioritures comme les étoiles.

La différenciation passe également par l’adaptation des supports  proposés aux élèves. J’avais un élève de CE2 en situation de handicap (impossible pour lui d’écrire autant que les autres). J’ai donc retapé tous les exercices de son plan de travail à l’ordinateur afin de lui construire des exercices à trous, des exercices où il n’a qu’à relier, entourer, souligner, colorier, barrer…  Ces outils ont également servi à une autre élève de CE2 présentant des troubles dyslexiques (non reconnus). Ainsi, j’ai progressivement diminué le nombre d’exercices réalisés sur polycopiés pour l’amener à les faire sur son cahier du jour. Elle n’avait plus besoin de cet outil au mois de juin : lire dans ses yeux la fierté qu’elle éprouvait est la plus belle de mes récompenses.

Voici le plan de travail N°4 de français proposé à mes CM2

Ma priorité est la prise en compte de la diversité de mes élèves. Il était impensable pour moi que tous les élèves d’un niveau réalisent la même chose en même temps alors que tous n’en sont pas capables en terme de cognition, de quantité, de supports, d’outils… Les élèves les plus performants ne sont pas freinés et peuvent poursuivre leurs progrès et leur ascension. Les élèves en difficulté ont besoin d’un adulte pour construire leur réflexion et leurs méthodes et doivent aussi apprendre à se passer petit à petit de cette tutelle. J’ai trouvé dans le système de plan de travail toutes les réponses à mes convictions et partis pris pédagogiques. Ce fonctionnement est accessible, modulable, ajustable, se construit progressivement au fil de l’année.

Le plan de travail est visible et a du sens pour les parents. Ils voient régulièrement les activités réalisées en classe et suivent les progrès de leur(s) enfant(s).

 

Evaluation

Les élèves sont évalués sur leur niveau de maîtrise des compétences lorsque trois plans de travail de français ou deux plans de travail de mathématiques ont été terminés.

En phase d’entrainement ou de bilan, une compétence est jugée :

  • Acquise si l’élève totalise plus de 75% de bonnes réponses.
  • En cours d’acquisition sur l’élève totalise entre 50% et 75% de bonnes réponses.
  • Non acquise si l’élève totalise entre 0% et 50% de bonnes réponses.

 

Je prends en compte et réponds aux remarques et aux interrogations dans les commentaires. Je peux communiquer les formats modifiables (word) des plans de travail sur simple demande.  

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